L'amour est le prix de l'amour.
À la fin de ces paroles, Bleu, de concert avec ses princesses, disparut, et son voile la déroba aux yeux de l'inconnu qui demeura dans une sorte d'étonnement qui approchait de la stupidité. « Où allez-vous?» s'écria-t-il encore, et s'arrêtant tout interdit, «Qu'êtes-vous devenue, reprenait-il, divine figure, dont l'image est restée si vivement empreinte dans mon cœur? Mais quoi, poursuivait-il, c'est un prestige; quelques charmes ont formé ce que j'ai vu. Suis-je amoureux d'une statue, et pourrais-je espérer d'être le Pygmalion de mon siècle?»
Après maintes réflexions, ce pauvre prince eut beau appeler sa raison, elle ne le vint point secourir, et quoi qu'il se pût dire sur la chimère qu'il aimait, il l'aima, et cette fatale idée le suivait et le persécutait partout.
Cependant l'aimable Bleu n'était pas dans un meilleur état que lui. Elle n'avait pris la résolution de le quitter si brusquement, et de disparaître à sa vue, que parce qu'elle vit bien que, si elle demeurait plus longtemps, elle ne pourrait peut-être s'empêcher de se montrer tout à fait à lui dans sa forme naturelle. La fuite lui parut un moyen sûr de sauver sa gloire, et de cacher une faiblesse à laquelle elle aurait cédé malgré tout son courage.
Elle se rendit dans sa haute demeure avec un battement de cœur, dont elle connut bien l'origine. « Je cède donc à mon destin, disait-elle, est-il bon, est-il mauvais ? J'aime un inconnu qui peut-être n'a point de naissance, et dont le caractère me ferait rougir si je le connaissais. Mais non, reprit-elle, si j'en crois mon cœur, tout répond en lui à une si belle
représentation que je ne puis rien aimer qui ne soit digne que je l'aime.»
Le prince Zélindor se présentait à elle le plus souvent qu'il pouvait; sa vue lui devenait insupportable, elle l'accablait d'une froideur qui le désespérait. Elle était naturellement douce, il ne pouvait comprendre d'où venait un si grand changement. Elle devint rêveuse, par conséquent solitaire, il craignit que quelqu'un ne l'occupât, il résolut de l'observer, et suivait souvent de loin les pas de la princesse.
Elle avait chassé tout un jour, et sur le soir elle se rendit à cette admirable fontaine que la fée Sublime avait faite exprès pour elle.
C'étaient des eaux claires qui coulaient dans une opale brillante, les derniers rayons du soleil semblaient les percer pour y chercher leur demeure; les feux qui partaient des yeux de Bleu faisaient encore un effet plus prodigieux ; on eût dit qu'ils allaient allumer ces eaux, et embraser toute la contrée. Elle se baignait, et son beau corps n'était couvert que d'un linge transparent. Ses princesses étaient aussi avec elle, et quoi qu'elles fissent pour la réjouir, son esprit occupé ne pensait qu'à l'aimable inconnu.
Mais quelle joie et quelle surprise ! lorsque se jouant avec ses compagnes, elle l'aperçut tout d'un coup appuyé contre un arbre, qui la considérait avec des yeux tout remplis d'amour.
C'était le prince Vert, quel autre au monde pouvait être fait comme lui ! Le hasard l'avait conduit là, et son ravissement était extrême de trouver le merveilleux original de la belle statue qu'il avait vue, et qu'il avait toujours depuis dans l'imagination. Il était charmé de voir qu'il y eût une fille au monde faite comme celle qu'il voyait.
Il se flattait qu'elle ne serait pas insensible à tout l'amour qu'il ressentait, et que l'ayant partout cherchée et trouvée enfin, les derniers vers qu'on lui avait chantés pourraient avoir leur accomplissement.
Dans cette pensée, il considérait tant de merveilles qu'il avait devant les yeux, quand la princesse l'aperçut. Elle était plongée dans l'eau, Elle se leva inconsidérément, sans savoir ce qu'elle faisait, et par là offrit de nouvelles beautés aux regards du prince amoureux. La proportion et les grâces de cette divine figure lui causèrent un si tendre transport qu'il ne put s'empêcher de lui dire avec impétuosité tout ce qu'il ressentait. Bleu ne pouvait se cacher, elle n'avait plus le voile d'illusion, il était à terre avec ses habits, et à dire le vrai, elle n'en fut pas fâchée, et trouva quelque plaisir à l'effet que produisait sa beauté.
Il y avait même tant d'esprit à ce que le prince lui disait, et ses sentiments paraissaient si nobles et si naturels que la princesse, par un instinct qui est presque toujours sûr, ne douta pas qu'il ne fût celui que le ciel avait fait naître pour son bonheur. Elle voulut lui répondre avec fierté, mais elle n'eut que de la modestie. En le priant de la laisser, elle le retenait par une action passionnée; elle voulait qu'il ne lui parlât plus d'amour, et ses regards lui faisaient voir que son azur en était tout rempli. Enfin il lui obéit, mais il obtint, pour prix de sa soumission, qu'elle lui permît de se trouver le lendemain au même endroit.
Quand il fut parti, l'aimable Bleu prenant ses habits à la hâte, se coucha au bord de cette fontaine, en attendant que ses princesses fussent habillées, mais elle n'eut pas le temps de rêver: Zélindor l'aborda, et lui fit connaître qu'il avait été témoin de ce qui venait de se passer. Elle trouva son indiscrétion grande et elle la blâma.
« Ah ! lui dit-il, je vous perds »; et comme la pénétration d'un amant est extrême, il devina qui était son rival: «C'est le prince Vert, lui dit-il, et je n'en doute point. - Je m'en étais presque bien doutée, dit la princesse en elle-même. - Vous l'aimez, reprit-il, je l'ai vu, mais tout le pouvoir de mon père me manquera, ou je saurai bien empêcher qu'un autre ne jouisse d'un bien que les soins de Tiphis ne m'ont que trop acquis.»
Il la laissa avec ces paroles menaçantes. La princesse se retira, bien résolue de se confier à la fée Sublime quand elle aurait vu son amant, et qu'elle saurait s'il était le prince Vert.
Elle prévit que Zélindor se trouverait le lendemain à son rendez-vous, et s'adressant à un pélican qu'elle aimait fort, et qui avait un esprit raisonnable, il mit le voile d'illusion dans son sein, à cette ouverture par laquelle il donne la nourriture à ses petits, et le porta au prince, afin qu'il pût se cacher aux yeux de son rival.
Il y avait longtemps qu'il s'était rendu à la fontaine, et qu'il attendait; effet ordinaire de l'impatience des amants. Le pélican lui donna le voile, et lui apprit la manière dont il devait s'en servir; après cela Bleu partit, et se rendit à la fontaine. Le prince Vert courut au-devant d'elle d'aussi loin qu'il la vit, et lui parla dans les termes les plus forts, les plus tendres et les plus passionnés; la princesse s'assit à terre, il prit la forme d'un petit buisson d'épine fleurie', il était à genoux auprès de Bleu, il lui avoua qu'il était le prince Vert. Elle lui conta aussi qu'elle était la fille de la reine des Indes, et lui dit tout ce qui lui était arrivé depuis sa naissance, et l'étrange habitation qu'on lui avait donnée pour la garantir d'une inclination qui lui serait funeste, si elle n'était pas pour un prince plein de mérite, mais que néanmoins il fallait qu'il y eût entre eux quelque opposition.
Tout était égal dans ces deux personnes, et n'y voyant rien d'opposé, ils ne comprenaient pas qu'ils ne fussent point destinés l'un pour l'autre, puisqu'ils s'aimaient déjà avec tant de passion. Bleu lui dit qu'elle parlerait à Sublime, ne doutant pas qu'elle ne la mît absolument dans leurs intérêts. Ils se jurèrent une fidélité éternelle, et se séparèrent.
Zélindor s'était rendu près de la fontaine, et n'avant point vu son rival avec la princesse, il se douta de quelque mystère, et ne voulant pas l'aborder, il porta ses pas d'un autre côté, et justement sur ceux du prince Vert qui, ne se doutant pas de son malheur, avait ôté le voile d'illusion, et parut à découvert aux yeux de Zélindor. On ne peut exprimer sa fureur; il connut par là l'intelligence qui était entre son rival et sa maîtresse, et tout plein des impétueux mouvements de sa jalousie, il fut trouver Tiphis, à qui il fit part de toutes ses douleurs. Tiphis les écouta en père tendre, et les partagea en homme qui peut tout. C'était un grand point.
Il alla sans tarder faire ses plaintes à la fée Sublime qui venait d'être instruite par la princesse Bleu, de tout ce qui la regardait; il ne la trouva pas disposée à entrer dans ses sentiments. Ils se parlèrent l'un et l'autre avec tant de chaleur qu'enfin ils se quittèrent, se brouillèrent et se séparèrent. Quand Tiphis avait proposé à la fée de donner Bleu à Zélindor, elle s'était moquée de lui, et lui avait répondu que son fils n'était pas digne de prétendre à une personne de la perfection qu'était Bleu.
La brouillerie étant donc bien établie entre eux, chacun retourna chez soi, et la princesse Bleu renvoya son fidèle pélican au prince Vert pour l'avertir de tout ce qui était arrivé, et lui marquer le lieu où il pourrait la voir.
Ils se rendirent l'un et l'autre dans un bois de roses muscades dont chaque arbre était environné de petits jardins, un lieu si aimable semblait être fait pour servir à la félicité de ces amants parfaits. Ils s'aperçurent chacun au bout d'une allée prodigieusement longue, et s'élançant, ils commencèrent à courir légèrement, quand ils se sentirent arrêter par les pieds: c'étaient des filets qui sortirent de la terre, et qui les fixèrent sans pouvoir avancer; ils étaient encore à une distance si éloignée l'un de l'autre qu'ils ne faisaient que se voir, et ne pouvaient pas se parler. (C'est tout, en amour, de se voir quand on ne peut pas faire plus). Ces malheureux amants firent cent efforts inutiles pour se débarrasser, et par leurs gestes ils se témoignaient assez leur douleur.
Les quatre princesses se sentirent aussi prises de la même manière, et tout ce qu'elles purent faire, ce fut de déplorer, avec Bleu, une aventure si fâcheuse.
La nuit vint enfin, il était inouï qu'une personne de l'importance de Bleu la passât de cette sorte; il fallut s'y résoudre, ce ne fut pas sans verser des pleurs.
Le jour revint, et dès qu'il parut, on aperçut en l'air une escarpolette galante, dont le siège était magnifique et commode, et les cordages de soie or et bleu étaient soutenus par quatre enfants ailés qui arrêtèrent l'escarpolette. Le prince Zélindor descendit à terre, coupa les liens de l'aimable Bleu, et la pria de se mettre sur le siège; elle voulut faire de la résistance, il l'y mit de force, et se plaça à son côté.
Quelle douleur pour elle de quitter ce qu'elle aimait, et de suivre l'objet de son aversion ! et quel spectacle pour le prince Vert qui voyait son rival enlever sa maîtresse !
Elle se séparait pour la première fois de sa vie de ses quatre princesses; elle leur fit un adieu bien tendre, et ces misérables percèrent l'air de leurs cris douloureux.
L'escarpolette s'éleva et s'arrêta tout auprès du désolé prince Vert, et Zélindor, pour insulter à sa peine, lui chanta ces paroles :
Rien n'est égal à mon amour extrême,
Rien n'est égal à mon bonheur;
Éclatez, transports de mon cœur,
Je vais posséder ce que j'aime.
Je te serai toujours fidèle,
Ton rival ni la mort n'éteindront pas mes feux.
Aimons-nous tendrement tous deux;
Bravons la fortune cruelle;
Quand deux cœurs sont unis d'une amour mutuelle,
Il vient un temps qu'ils sont heureux.
Elle pleurait en chantant. C'est depuis ce temps-là que l'on a fait des opéras où l'on suit encore cette méthode.
Zélindor, surpris d'une marque d'amour si emportée, fit partir son escarpolette, qui ne s'arrêta que dans le superbe palais de Tiphis. Les jardins surtout en étaient merveilleux. C'est sur leur modèle qu'on a fait ceux de Versailles.
On donnait tous les jours des plaisirs à la princesse, et ces jours si agréablement diversifiés auraient été des jours filés d'or et de soie pour une coquette, mais la constante princesse n'y trouvait que de l'amertume, et chaque journée lui durait un siècle en la présence de Zélindor et l'absence du princesse Vert.
Tiphis, lui-même, employait ses soins pour la fléchir en faveur de son fils, et pour la convaincre qu'il était l'heureux amant promis par les destinées. Il lui disait qu'il ne fallait pas chercher une plus grande opposition que celle de leurs cœurs, puisque celui de Zélindor brûlait pour elle, et que le sien était tout de glace pour lui. « Ah ! laissez-moi, répondait la princesse, quel raisonnement pitoyable ! Le ciel me promet du bonheur par quelque opposition; mais ce n'est pas dans les cœurs qu'il la veut. Je ne saurais être heureuse qu'en aimant autant que je serai aimée.»
Elle vivait tristement dans ce beau lieu, tandis que la fée Sublime, surprise de ne la point voir revenir chez elle, envoya son pélican la chercher. Il fit tant de tours qu'il arriva le lendemain du départ de Bleu dans cet aimable bois, où le prince et les quatre princesses étaient arrêtés; il rompit les filets qui les retenaient avec son bec et ses serres. Le prince Vert l'embrassa mille fois pour le remercier de sa délivrance, après quoi, l'oiseau le quitta, et ramena les princesses auprès de la fée Sublime.
Le prince leur dit bien de belles choses, et elles à lui; mais il fallut se quitter. Il sortit de ce petit bois, et ne vit devant lui qu'une plaine prodigieuse, stérile et sans aucun arbre. À peine eut-il marché quelque temps que le soleil, qui était dans sa force, l'incommodait extrêmement par sa chaleur, et n'ayant pas mangé depuis trois jours, il était presque à l'agonie. Il voulut donc rentrer dans le petit bois, pour y trouver quelque soulagement, mais il ne put en aborder et ses pas, malgré lui, le conduisaient dans cette affreuse étendue de pays si sec et si incommode.
Il souffrait, et son tourment était horrible; il avait besoin de ses pensées tendres, pour arrêter ses desseins furieux, ayant souvent envie de se passer l'épée à travers le corps. Dans cet état affreux, levant la tête vers le soleil brûlant, il aperçut tout l'air obscurci sans en sentir de fraîcheur, et il ne savait ce que c'était, quand enfin, démêlant les objets, il vit une multitude innombrable d'oiseaux de toutes espèces et de toutes couleurs, on en voyait depuis le phénix jusqu'au roitelet. Son messager de bonne nouvelle était à la tête de cette légion, son cher pélican qui, s'arrêtant auprès du prince, au même instant la plupart de ces oiseaux se posèrent à terre, les autres demeurèrent en l'air, et tous se joignant et se pressant, formèrent un palais d'une structure nouvelle.
Le prince fut très surpris, il entra par un portique merveilleux. Les appartements étaient bigarrés de mille couleurs différentes, les parquets étaient des coques des œufs de ces oiseaux, et les plafonds de cette matière dont ils font leurs admirables nids.
Ce fut dans cette prodigieuse demeure que la fée Sublime lui fit sentir qu'elle avait quelque pouvoir sur ces mêmes airs qui avaient été jusqu'alors l'habitation de sa chère princesse; il fut toujours servi par son pélican, et nourri des mets les plus délicieux.
Il pensait incessamment à la princesse Bleu, et il avait résolu de prier le pélican de chercher où elle pourrait être, quand il vit arriver un jour une femme de bonne mine, suivie des quatre princesses. Il se douta que c'était la fée Sublime, il se jeta à ses pieds, elle lui fit mille caresses, et l'aborda d'un visage riant.
- Je désespérais, lui dit-elle, de finir vos malheurs et ceux de la princesse Bleu, Tiphis étant d'un savoir aussi grand que le mien: mais j'ai tant étudié votre destin que j'ai enfin appris qu'aussitôt que je saurais ce qu'il y a d'opposition entre vous deux, les charmes de Tiphis se rompraient, etque je n'aurais qu'à suivre mon pélican, que je retrouverais la princesse, et que je n'aurais qu'à la reprendre.
Je me suis creusé la tête inutilement à chercher cette opposition, j'avoue ma stupidité, je ne l'ai point trouvée, il y a six mois que je vis inquiète, séparée d'une fille que j'aime tant, et qui mérite toute la vivacité de ma tendresse.
Je me promenais un jour pleine de tristesse, et je m'arrêtai insensiblement à considérer l'économie excellente des fourmis. Il y avait une de ces petites républiques qui était occupée à son travail ordinaire, je les observais avec plaisir, quand je m'aperçus qu'elles faisaient de différentes figures, et que tant de petits corps joints ensemble formaient ces paroles distinctement:
C'est dans le nom de ces amants,
Qu'on trouvera la fin de leurs tourments.
Je frappai les mains l'une contre l'autre d'étonnement à cette vue, et faisant ensuite un grand éclat de rire: "Que je suis stupide ! m'écriai-je. Ô prudence humaine, que vous êtes aveugle ! Les plus simples en savent quelquefois plus que les savants."
J'admirai cent fois que ce fût si peu de chose qui m'avait si longtemps embarrassée, en avouant que le vert et le bleu avaient toujours paru au vulgaire des couleurs incompatibles; mais j'espérai bientôt de les assembler par l'union des deux personnes qui en portaient les noms.
Aussitôt je suis venue vous trouver, continua la fée, et je vous prie, ne tardons pas d'aller chez Tiphis où nous trouverons la princesse.
- Sera-t-elle encore fidèle? reprit le prince.
- Je vous en assure, continua Sublime.
- Allons donc, poursuivit-il. Et lors le judicieux pélican, prenant un vol rapide, il fut incontinent suivi de toute la maison volante, et l'on fit promptement un voyage qui ne promettait que du plaisir.
Ce palais s'arrêta près de celui de Tiphis, dont les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes. La fée Sublime y entra sans obstacle, tenant par la main le prince Vert, et suivie des quatre princesses.
Tiphis étonné de les voir, ne sut que faire ni que dire. La princesse Bleu, qui rêvait au bord d'une fontaine qui s'appelait Lancelade, entendant du bruit, tourna lentement la tête, et apercevant ce qu'elle aimait le mieux au monde, elle se leva brusquement et courut vers eux, toute transportée de joie. «Je vous revois donc, s'écria le prince en se jetant à ses pieds, et vous me revoyez fidèle comme je vous l'avais promis.»
La fée, qui ne voulait pas perdre le temps en des discours frivoles, ni s'amuser au désespoir de Zélindor, leur fit reprendre le chemin de leur palais volant, qui les porta chez la reine des Indes, mère de la princesse Bleu.
Quelle joie pour elle 1 quelle allégresse pour ces fidèles amants ! Tout fut galant et superbe dans des fêtes qui durèrent longtemps.
Le jour de leurs noces, la fée Sublime leur donna des vêtements, dont la singularité n'a jamais eu de pareille; leurs habits enchantés étaient d'un tissu d'herbes menues, semées de hyacinthes bleues, leurs mantes étaient de même doublées de mousse veloutée d'un vert naissant.
Ils parurent si beaux avec une parure si simple et si belle, et qui avait tant de rapport à leurs noms, qu'on ne se lassait point de les admirer. On fit mille vœux au ciel pour leur prospérité; elle fut longue et durable, parce qu'ils s'aimèrent toujours. L'union des cœurs peut seule faire le bonheur de la vie.
Un rien sépare les amants,
On se perd faute de s'entendre.
En cet état-là! qu'un cœur tendre
Se dérobe d'heureux moments!
Ce conte ayant été su par un des plus grands princes de l'Europe, il le trouva si agréable, et le prince Vert lui plut tellement qu'il fit gloire de porter son nom.


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